NEURO
Anxiété, déficit de l'attention et de la concentration, troubles de la mémoire et du sommeil, la dépression clinique apporte avec elle un certain nombre de symptômes, dont certains pourraient être liés à l’hyperactivité cérébrale. C’est ce que suggèrent aujourd’hui ces chercheurs de l’UCLA, qui montrent, dans l’édition en ligne du 26 février de la revue PLoS ONE, que le cerveau « déprimé » est hyperconnecté, il maintient sa capacité à former des connexions fonctionnelles, mais perd sa capacité de désactiver ces connexions.
Ces scientifiques de l’Université de Californie (Los Angeles) expliquent que les multiples symptômes de la dépression peuvent être liés à un dysfonctionnement du cerveau impliquant des connexions qui relient différentes régions du cerveau, alors que, traditionnellement, les scientifiques ont lié ces symptômes à des zones spécifiques du cerveau. Ils démontrent que les personnes atteintes de dépression ont augmenté ces connexions entre les différentes régions du cerveau.
Leurs cerveaux sont hyperconnectés : "Le cerveau doit être en mesure de réguler ses connexions pour fonctionner correctement», explique l’auteur principal de l'étude, le Dr Andrew Leuchter, professeur de psychiatrie à l’UCLA. "Le cerveau doit d'abord être en mesure de synchroniser puis de désynchroniser les différents zones cérébrales pour réagir, contrôler l’humeur, apprendre ou résoudre des problèmes ». Le cerveau déprimé maintient sa capacité à former des connexions fonctionnelles, mais perd sa capacité de désactiver ces connexions.
Cette incapacité à contrôler la façon dont les zones du cerveau collaborent ensemble explique certains des symptômes de la dépression. Dans cette large étude, les chercheurs ont étudié les liens fonctionnels du cerveau sur 121 patients atteints de trouble dépressif majeur, ont vérifié la synchronisation des signaux électriques du cerveau et étudié les connexions entre les différentes régions du cerveau. Ils constatent que les sujets déprimés montrent une synchronisation accrue sur toutes les fréquences de l'activité électrique, indiquant un dysfonctionnement dans de nombreuses connexions cérébrales. Or les ondes cérébrales régulent la libération de sérotonine et d'autres substances chimiques qui contribuent à l’ensemble des fonctions évoquées, dont le contrôle de l’humeur.
Le cortex préfrontal, déjà impliqué dans la dépression : « La zone du cerveau qui montre le nombre le plus élevé de connexions anormales est le cortex préfrontal, qui est fortement impliqué dans la régulation de l'humeur et la résolution des problèmes. « Lorsque les systèmes du cerveau perdent leur flexibilité dans le contrôle des connexions, ils ne sont plus capables de s'adapter au changement », ajoute-t-il.
La question est dans quelle mesure cette hyperconnectivité pilote la chimie anormale du cerveau, observée dans la dépression? Alors que les antidépresseurs modifient ces ondes cérébrales en même temps que certaines substances chimiques du cerveau, comme la sérotonine, « justement, normaliser la connectivité cérébrale peut-être une étape clé dans le rétablissement de la dépression », conclut le chercheur.
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Source : PLoS ONE published 24 Feb 2012 10.1371/journal.pone.0032508 Resting-State Quantitative Electroencephalography Reveals Increased Neurophysiologic Connectivity in Depression (Visuels National institute of Mental Health- vignette Brain connexion)


DÉPRESSION
Le gène clé qui joue aussi sur la thérapie
Un gène, nommé 5-HTTLPR, joue un rôle important dans la dépression. Ces chercheurs du CNRS qui ont souhaité mieux comprendre les interactions entre les facteurs génétiques, mais aussi environnementaux de la dépression, montrent, dans une recherche relayée dans l’édition de novembre de la revueHuman Brain Mapping, que ce gène impacte non seulement l’activité d’une zone du cerveau, l'amygdale, impliquée dans les troubles anxieux et dépressifs, mais également l’efficacité de la psychothérapie.
Cette équipe du CNRS / UPMC / CHU Pitié Salpêtrière a étudié l'activité de l'amygdale, une structure du cerveau dont l'activité est anormalement élevée chez les personnes atteintes de troubles anxieux et dépressifs. Les chercheurs montrent que l'activité de celle-ci peut être modulée en fonction d'un gène, de l'histoire personnelle et de l'activité cognitive des sujets.
Le gène 5-HTTLPR, déjà impliqué par de nombreuses études, un gène codant pour le transporteur de la sérotonine, une substance impliquée dans la régulation des émotions, pourrait jouer un rôle important dans la dépression et accentuer l'impact des événements stressants sur notre moral. Une forme courte de ce gène provoque une activation plus intense de l'amygdale, la région du cerveau impliquée dans les émotions et la reconnaissance de signaux de danger.
Les chercheurs ont réalisé une IRM sur 45 participants sains porteurs ou non de la forme courte du gène. Durant l'IRM, des photographies plaisantes ou déplaisantes leur étaient présentées. Les sujets devaient soit indiquer si elles étaient agréables ou désagréables, soit réfléchir aux liens existant entre ces images et eux-mêmes. Chez les porteurs de la forme courte, l'activation de l'amygdale est plus élevée lorsque les participants doivent associer la photographie à leur cas particulier. Chez les porteurs de la forme courte du gène, l'activité de l'amygdale diffère selon le type d'activité mentale, simple description de l'image ou mise en relation avec leur histoire personnelle. Par ailleurs, les chercheurs montrent que l’exposition au stress subi durant l'année précédente joue aussi un rôle critique sur l'influence du gène sur l'activation de l'amygdale.
Les auteurs concluent que les facteurs génétiques, qui contribuent à une sensibilité à la dépression, sont eux-mêmes influencés l'histoire personnelle des sujets et par leur attitude psychologique. De même, la thérapie cognitive pourrait avoir des effets différents en fonction de ce patrimoine génétique.
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Sources: Communiqué CNRS et Brain Mapping. Novembre 2011 Cognitive Appraisal and Life Stress Moderate the Effects of the 5-HTTLPR Polymorphism on Amygdala Reactivity.
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Musicothérapie pour la dépression
Musicothérapie pour la dépression,
ce n’est pas une fantaisie !

Selon un sondage réalisé par la BBC en 2004, explique un éditorial du British Journal of Psychiatry consacré à la musicothérapie, la meilleure « aide musicale » pour « améliorer les symptômes dépressifs » consisterait dans l’audition du disque des Smiths (le groupe formé par le Bitannique Steven Patrick Morrissey, entre 1982 et 1987), « I know it’s over » (Je sais que c’est fini, 1986). Malheureusement, poursuivent les auteurs qui examinent les mécanismes d’action possibles de la musicothérapie et constatent « l’émergence de preuves de son intérêt contre la dépression », « la grande disponibilité de ce ‘‘rock du bourdon’’ (down-hearted rock) ne paraît guère avoir diminué la prévalence de la dépression ! »
Pourtant, la musicothérapie anti-dépressive « semble agir », mais comment ? L’efficacité de cette « intervention complexe » tiendrait moins à « la personnalité du thérapeute » ou à la nature de sa relation avec le patient qu’à des « opportunités » offertes au sujet déprimé d’élaborer de nouvelles expériences dans « au moins trois dimensions interdépendantes », respectivement de nature « esthétique », « physique » et «relationnelle. »
La dimension esthétique est évidente, liée à la relation entre la dépression et « le manque d’expériences du plaisir dans l’existence » : la connotation hédoniste liée à la musique pourrait donc contribuer à restaurer un aspect du goût à la vie.
La dimension physique vient d’une « pratique active » (active doing) de la musique, liée au fait de jouer un instrument avec le musicothérapeute, dans la mesure où cette occupation constituerait un cas particulier d’exercice physique, et que « le rôle de l’activité physique dans la prévention de la dépression et dans l’atténuation de ses effets est bien reconnu. »
Et le troisième facteur est de nature relationnelle : selon certains psychologues du développement, il existerait des analogies entre le « vocabulaire musical » et les interactions précoces mère-enfant : ces interactions préverbales sont les premières à « nous instruire sur nous-mêmes, guider notre pensée et nous offrir des opportunités de plaisir dans le monde qui nous entoure. » Or leur ‘‘musicalité’’ est « manifestement affectée, avec d’importantes implications pour le développement de l’enfant, lorsque les mères sont dépressives. » Proposer une réminiscence de ces premières expériences de sonorités ‘‘para-musicales’’ est une justification supplémentaire pour certaines musicothérapies. Dans cette perspective, la fonction du thérapeute peut être considérée comme « néo-parentale : nourrir musicalement le patient, afin de faciliter un processus similaire de découverte de soi et des relations aux autres », en stimulant notamment la « capacité à donner du sens (experiencing meaning) et à éprouver du plaisir (experiencing pleasure).
Dr Alain Cohen
Anna Maratos & al. : « Music therapy for depression: it seems to work, but how? » Br J Psychiatry 2011-8; 199: 92–93.
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Source : http://www.jim.fr/member.phtml
Surmonter la dépression vidéos


L’émission Allo Docteur a consacré une de ses émissions sur l’épisode majeur dépressif.
Des stimulations magnétiques contre la dépression
Des stimulations magnétiques
contre la dépression
Dans la plupart des cas, la psychothérapie et les médicaments antidépresseurs constituent le traitement principal de la dépression. Lorsque les médicaments s’avèrent inefficaces ou mal tolérés (on parle alors de dépression pharmacorésistante), d’autres méthodes non médicamenteuses peuvent être envisagées. L'une de ces méthodes consiste à appliquer une impulsion magnétique sur le cerveau, à travers le crâne. Il s’agit de la stimulation magnétique transcrânienne.
Les séances de stimulation magnétique durent entre 20 et 40 minutes, à raison de cinq séances par semaine, durant quatre à huit semaines. Les impulsions magnétiques délivrées sont brèves (une fraction de milliseconde) et répétées (3 à 6.000 impulsions par séances !). Cette stimulation magnétique est indolore et modifie l’activité des neurones. L’efficacité de cette méthode semble à peu près équivalente à celle des médicaments.
Actuellement, la stimulation magnétique transcrânienne n’est utilisée que dans certains cas très précis de dépressions pharmacorésistantes. Ce champ d’application restreint sera-t-il amené à s’élargir dans les prochaines années ? Des travaux sont en cours pour étudier l’intérêt de cette technique entraitement d’entretien de la dépression ou pour traiter d’autres maladies psychiatriques, par exemple les troubles bipolaires.
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Source : M.S George et R.M Post : Daily left prefrontal repetitive transcranial magnetic stimulation for acute treatment of medication-resistant depression.Am J Psychiatry, 2011.
thérapie génique
Vers une thérapie génique de la dépression ?
Une protéine qui influence fortement la dépression pourrait être utilisée pour traiter par thérapie génique cette pathologie. Des essais chez la souris ont été couronnés de succès
Sera-t-il un jour possible de traiter les dépressions sévères à l’aide de la thérapie génique en rééquilibrant les niveaux de certaines protéines dans le cerveau ? Si personne ne détient à l’heure actuelle de réponse, la question peut raisonnablement être posée au vu des résultats d’une étude publiée cette semaine dans la revue Translational Medicine. Elle décrit comment les chercheurs de l'université Cornell, aux Etats-Unis, ont réussi à atténuer le comportement dépressif de souris en utilisant la thérapie génique pour accroître le taux de protéine p11 dans une région précise du cerveau appelée le noyau accumbens.
Une protéine clé dans la dépression
Des études antérieures laissaient déjà entrevoir le rôle de p11 comme un élément responsable de la dépression notamment en raison de son action sur le taux de sérotonine, neuromédiateur impliqué dans la régulation de l’humeur. Dans leur expérience, les chercheurs ont inactivé le gène p11 dans le noyau accumbens de souris adultes et observé que les animaux présentaient alors un comportement déprimé. Ce comportement a pu être évalué en mettant les souris dans une situation stressante comme de les suspendre par la queue ou les forcer à nager pour tester leur motivation, des mesures standard de la dépression chez les rongeurs.
Puis l'équipe a eu recours à la thérapie génique pour introduire le gène p11 dans le noyau accumbens et restaurer l'expression de la protéine chez les souris. La technique a complètement corrigé le comportement dépressif chez ces animaux qui sont devenus identiques aux souris normales. Dans la plupart des travaux de thérapie génique, une molécule appelée vecteur est utilisée pour apporter un gène « actif » dans les cellules des patients. Ces vecteurs sont typiquement dérivés de virus qui ont été génétiquement modifiés pour porter de l'ADN humain. De nombreux essais de thérapie génique sont actuellement en cours mais ils visent principalement des maladies génétiques.
Une application humaine possible ?
Ces résultats peuvent-ils avoir une pertinence pour l'homme ? Les chercheurs ont abordé la question en examinant les tissus cérébraux d'un groupe de patients décédés. La moitié d'entre eux étaient atteints de dépression, les autres non. L'équipe a découvert que les niveaux de p11 dans le noyau accumbens chez les premiers étaient nettement plus faibles que chez les seconds. Mais comme le nuance Annie Daszuta, chercheur en neurosciences (IBDML, Marseille) : « L’étude de la neurobiologie de la dépression se développe énormément compte tenu des difficultés de traitement de cette pathologie et de sa fréquence en augmentation dans la population. Mais c’est une maladie extrêmement complexe qui se traduit par de nombreux symptômes très différents. Cette protéine P11 semble jouer un rôle clé même si sa spécificité n’est pas évidente. »
Un autre frein à une application humaine potentielle de cette méthode tient à la technique de la thérapie génique. Elle nécessite en effet un vecteur qui permette d’introduire le gène « médicament » dans la cellule, or ces vecteurs sont à manier avec précaution car ils sont composés de matériels viraux ou rétroviraux. De plus, s’ils sont efficients pour les modèles animaux nombreux se sont avérés inefficaces chez l’Homme en raison de la complexité des mécanismes d’expression génétique existants dans les cellules humaines. Il convient donc de rester prudent quant aux potentialités de cette méthode. « La p11 est-elle une cible prometteuse ? Peut-être ! » conclut Annie Daszuta.
Joël Ignasse
Sciences et Avenir.fr
Connaissez-vous les causes de votre dépression ?
Connaissez-vous les causes de votre dépression ?
Les mécanismes biologiques précis de la dépression sont encore incertains.
L’hérédité semblerait néanmoins intervenir dans certaines formes de dépression. La recherche génétique a en effet pu objectiver des liens entre pertubations chimiques et électriques célébrales et présence de certains gènes. Ces anomalies ne peuvent cependant à elles seules causer une dépression !
L’aspect biologique n’est pas pour autant nécessairement « la cause » de la dépression. Voici ce qu’en dit le Dr. Michael Spevack : « On sait maintenant qu’il s’agit d’un cercle vicieux où chaque facteur influence et aggrave l’autre : les pensées négatives ont pour effet d’abaisser l’humeur, ce qui entraine fort probablement un certain déséquilibre dans la chimie du cerveau. En s’attaquant au traitement de l’un ou l’autre de ces facteurs, on peut aider les gens à se sentir mieux. »
Les aspects biologiques, cognitifs (mentaux), émotifs et comportementaux du fonctionnement humain sont en constante interaction. Une modification de n’importe lequel de ces aspects a un impact sur les autres. Lorsqu’une personne est dépressive, elle a tendance à voir la réalité de façon plus négative. En retour, cette interprétation plus négative amplifie les émotions dépressives. D’autre part, les interprétations négatives de la réalité et les émotions dépressives influencent les comportements (amenant par exemple de la passivité) qui, en retour, ont un impact sur les pensées et les émotions. Il existe aussi des facteurs intrapsychiques souvent inconscients qui relèvent du processus de deuil, d’une angoisse de perte d’objet ou autres conflits.
Par ailleurs, la dépression se développe souvent en réaction à un évènement ou une situation générateurs de stress. Cependant, selon nos façons de voir les choses, nous ne présentons pas tous la même vulnérabilité face aux différents types de causes de stress. Un évènement « heureux » peut paradoxalement représenter un stress (promotion, mariage, etc.) et inversement.
Un malendu sur la dépression, parmi d’autres !
“La dépression, c’est pour les loosers”. Voici un préjugé sur la dépression qui a la peau dure. Nous pouvons tous être victimes de dépression. Même les plus forts d’entre nous.
Source ; Santé & Psychothérapie



